Le FIPA à Biarritz : marathon pour un prix

Il fait un temps à ne pas mettre un pitcheur dehors. Et ça tombe bien : nous sommes à l’abri de la tempête, dans l’une des plus belles salles de classe où il m’ait été donné d’enseigner. Biarritz accueille le Festival International des Programmes audiovisuels.

La salle "Vague 4" du Bellevue, à Biarritz.

La salle « Vague 4 » du Bellevue, à Biarritz.

Avec une nouveauté : cette année, des pitcheurs venus du monde entier concourent devant un jury et dans l’espoir d’un prix. Deux mille euros, et une reconnaissance professionnelle, c’est parfois suffisant pour donner à un projet la volonté d’aboutir.

Mais si les conditions dans lesquelles on nous accueille sont franchement confortables, celles dans lesquelles je dois former les porteurs de projets sont sportives. Imaginez. J’ai un jour et demi pour effectuer deux formations de trois jours. Une en français, et une en anglais.

Car il y a seize projets en lice, portés le plus souvent par un binôme réalisateur-producteur. Ils viennent d’Espagne, grâce à un partenariat avec le festival de San Sebastian, mais aussi d’Allemagne, d’Italie, de Belgique, du Canada, de Grèce et bien sûr de France.

Martine Vidalenc, productrice ; Sandrine Mercier et Juan Gordillo Hidalgo, réalisateurs de Paseo con Franco.

Martine Vidalenc, productrice, Sandrine Mercier et Juan Gordillo Hidalgo, réalisateurs de Paseo con Franco.

Premier jour, formation théorique. Grâce à l’organisation irréprochable, menée par Sarah Beaufol et l’équipe du Fipa Industry, j’ai tout ce qu’il faut : vidéoprojecteur, supports de cours, belle salle et une vue imprenable sur les surfers qui affrontent l’océan.

Premier contact avec les pitcheurs, tous bien déterminés à cravacher pour proposer la meilleure présentation possible. L’ambiance est détendue, les équipes sont professionnelles, mais après six heures de formation de suite dont trois en anglais, la formatrice est rincée.

Toutefois, ce n’est rien à côté de ce qui m’attend le lendemain. Répétitions du pitch, quatre groupes, de 8h30 à 20h30, et toujours en deux langues.

Je découvre enfin les projets. Un pur régal. Documentaires et fictions, du très haut niveau. Je me mets à la place du jury. Comment choisir entre un happening orchestré par un taxidermiste romain, les méfaits d’un serial killer belge, une immersion dans l’armée israélienne, les méthodes de management peu banales d’un entrepreneur chinois, du jazz rom à New York et le retour du franquisme ?

L'équipe du documentaire allemand War Volunteers.

Bence Maté, réalisateur, et Thorolf Lipp, producteur du documentaire allemand War Volunteers.

Un seul regret, le manque de sérieux de certains auteurs français, qui arrivent avec une demi-heure de retard, bloquant le travail de tout un groupe. Résultat, on termine à 21h10 une journée déjà bien lourde.

Dernier jour, le grand jour. Une salle de cent cinquante places, écran géant pour les bandes-annonces, traduction simultanée. Et au premier rang, une brochette de responsables d’unités de programmes internationaux composent le jury. Chaque auteur dispose de sept minutes, bande-annonce comprise, suivies de huit minutes d’entretien avec les responsables d’unités.

Gaizka Urresti pitche Arizmendiarrieta: el hombre cooperativo.

Gaizka Urresti pitche Arizmendiarrieta: el hombre cooperativo.

Le décor mettrait la pression à plus d’un pitcheur expérimenté. Mais au fil des présentations, je suis fière comme Artaban. « Mes » pitcheurs font un travail formidable, qui met en valeur la qualité remarquable de leurs projets.

Je suis déjà dans le train du retour quand j’apprends le nom du lauréat. Un immense bravo à Yorgos Avgeropoulos. Son documentaire Agorá, qui suit depuis 2010 des Grecs pris dans l’étau de la crise, témoigne d’une pensée profonde et d’une grande élégance de traitement. Découvrez ici quelques séquences du film. 

Agorá, de Yorgos Avgeropoulos

Agorá, de Yorgos Avgeropoulos

Qu’un panel de responsables d’unités aussi disparate ait pu s’accorder sur un projet de cette classe redonne confiance dans le système, et dans la pertinence de cet exercice barbare qu’est le pitch. C’est pourquoi, malgré la tempête, malgré le marathon des horaires et un dispositif terriblement impressionnant, je reviendrai avec joie l’année prochaine.

Publicités

Laissez-nous vos commentaires !

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s